G2 – Alimentation : un nouveau questionnaire
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Mars 2026
« En 2015, en France, 5,4 % des cancers sont dus à une alimentation déséquilibrée soit près de 19 000 nouveaux cas de cancers qui pourraient être évités chaque année par l’adoption d’une meilleure alimentation »[1]
Au-delà des cancers, l’ensemble des études sur les relations entre l’alimentation et la santé met en évidence le rôle prépondérant de l’alimentation comme facteur de protection ou de risque des maladies chroniques les plus répandues dans le monde (obésité, maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, etc.).
L’alimentation est un facteur modifiable sur lequel nous pouvons agir individuellement et collectivement pour améliorer l’état de notre santé. Depuis une vingtaine d’années, la France en a fait une priorité de santé publique avec la mise en place d’une politique nutritionnelle à travers le Programme national nutrition santé (PNNS).
Dans le cadre de la cohorte E3N-Générations, les chercheurs disposent de précieuses données sur l’état de santé, les caractéristiques personnelles et le mode de vie des volontaires de la 2e génération, grâce à leurs réponses aux différentes séries de questionnaires.
Afin de mener des analyses sur les relations entre alimentation et santé, à l’image des études déjà menées auprès des femmes de la première génération, les chercheurs souhaitent recueillir les habitudes alimentaires des participantes et participants de la 2e génération.
Des résultats significatifs pour les femmes de la première génération
Les données recueillies par les questionnaires alimentaires remplis par les femmes de la première génération (en 1993 et 2005) ont déjà permis de réaliser de nombreuses études sur l’influence de l’alimentation sur la santé.
Ces études ont mis en évidence des liens entre l’alimentation et l’hypertension, le diabète de type 2, l’exposition aux contaminants et l’obésité, le type de régime alimentaire et le risque de cancer du sein ou de cancer cutané…
>> Retrouvez tous les articles de vulgarisation des résultats d’études menées sur la thématique de l’alimentation au sein de la cohorte E3N-Générations.
Alimentation et risque de mortalité dans la cohorte E3N
Actuellement post-doctorante dans notre équipe, Chloé Marques s’est vue attribuer deux prix pour sa thèse « Vers une évaluation exposomique de l'alimentation : investigation de l'effet global de l'alimentation en relation au risque de mortalité dans la cohorte E3N ». Elle analyse entre autres les effets de certains contaminant chimiques, présents dans les aliments, sur le risque de mortalité.
- 3ème prix de thèse en santé publique attribué par les directions générales de la santé (DGS) et de l’offre de soins (DGOS) du Ministère de la santé de la Santé, de la Famille, de l'Autonomie et des Personnes handicapées.
- Prix des sciences de la santé publique et de l’environnement de l’Académie nationale de Pharmacie.
>> Lire le post Linkedin de l’Académie
Ces deux prix récompensent l’excellence du travail de recherche mené par Chloé Marques, et soulignent l’intérêt grandissant des pouvoirs publics sur les impacts environnementaux et sur le lien alimentation-santé.
Les perspectives de recherche
En répondant à ce questionnaire alimentaire, vous participez au recueil d’informations précieuses qui permettront aux chercheurs de poursuivre leurs analyses sur les relations entre l’alimentation et les principales maladies chroniques (obésité, cancers, maladies cardiovasculaires, diabète de type 2, santé mentale…).
Plusieurs perspectives d’étude sont d’ores et déjà envisagées par les chercheurs de l’équipe.
- Étudier le lien alimentation-santé à différentes échelles : en analysant individuellement l’impact des micro et macronutriments (vitamines, minéraux, glucides, protéines et lipides), puis des aliments (fruits, légumes, viande rouge, etc.), et enfin des profils alimentaires, en mesurant l’adhésion aux recommandations nutritionnelles ou à différents régimes (méditerranéen, végétarien, végan, paléolithique, etc.).
- Étudier l’impact des contaminants alimentaires : pesticides, polluants éternels – PFAS, métaux lourds, résidus de médicaments, etc.
- Étudier l’impact des tendances alimentaires récentes : la consommation d’aliments ultra-transformés, la végétalisation de l’alimentation, etc.
- Étudier l’impact des habitudes alimentaires : heures des repas, contextes des repas (assis/debout, seul ou à plusieurs, devant la télé, etc.), provenance des aliments (jardin, marché, supermarché, etc.), mode de conservation des aliments (dans du plastique, du verre, etc.)…
- Étudier les habitudes alimentaires au sein d’une même famille : décrire les habitudes alimentaires de chaque génération et les comparer afin de voir si elles se transmettent entre membres d’une même famille ou au contraire diffèrent entre générations. L’envoi concomitant du questionnaire aux deux générations (version papier pour la génération 1, version web pour la génération 2) facilitera ces comparaisons.
Enquêtes alimentaires : un exercice toujours complexe
L’étude de l’alimentation recouvre de nombreuses dimensions : biologique, chimique, sociale, culturelle, psychologique, etc.
C’est pourquoi, en plus des fréquences et quantités de consommation d’aliments, les enquêtes alimentaires doivent recueillir bien d’autres données. Par exemple, les horaires des repas et leur contexte, les modes de provenance, de cuisson et de conservation des aliments sont des facteurs importants pour comprendre les liens entre alimentation et santé. Les participants à ces enquêtes les perçoivent souvent comme longues et fastidieuses à remplir, mais elles s’avèrent indispensables pour mener des analyses précises et pertinentes du lien alimentation-santé.
Plusieurs méthodes
En épidémiologie, les enquêtes alimentaires évaluent les apports alimentaires d’un individu, pour étudier les relations entre l’alimentation et certaines pathologies afin d’identifier des nutriments, aliments, profils ou habitudes de consommation bénéfiques ou néfastes pour la santé. Plusieurs types d’enquêtes existent.
L’enregistrement alimentaire consiste à demander aux participants de noter sur un carnet, en temps réel, le détail de leurs consommations d’aliments et de boissons pendant une période donnée. Cette méthode de recueil prospectif permet un recueil d’informations précises sur les consommations, avec peu d’oublis. Mais elle nécessite une population de participants très motivés, la méthode étant contraignante.
Le rappel des 24 heures : entretien téléphonique pendant lequel un enquêteur demande au participant de se remémorer tous les aliments et boissons consommés pendant les 24 heures précédentes. Cette méthode de recueil rétrospectif est rapide, mais elle nécessite des enquêteurs formés et est peu représentative de l’alimentation habituelle. Elle a un coût très élevé qui pousse à limiter le nombre de personnes participantes.
Le questionnaire de fréquence alimentaire est constitué d’une liste d’aliments prédéfinis. Pour chacun, les participants précisent à quelle fréquence ils les consomment au cours d’une période assez longue, l’année écoulée par exemple. Cette méthode de recueil rétrospectif permet de classer les individus en fonction de leur apport alimentaire et nutritionnel. Il permet de décrire les habitudes alimentaires globales, il est simple d’utilisation et applicable à de larges échantillons. Il est donc fréquemment utilisé dans les études épidémiologiques, et notamment les cohortes.
Conception et validité du questionnaire alimentaire
Le choix d’un type d’enquête alimentaire a donc de nombreuses implications : sur la représentation fidèle des habitudes alimentaires dans la durée, sur la fiabilité, l’exhaustivité, la précision des informations, sur le temps nécessaire pour les participants, sur le nombre de participants envisageable à un coût raisonnable.
En 2014, des études de cohorte E3N-Générations, CKD-REIN, i-Share, Elfe et Psy-COH se sont regroupées pour relever ce défi et trouver le meilleur compromis. Elles ont créé un questionnaire alimentaire unique pour évaluer l'alimentation habituelle de plusieurs sous-groupes de la population : adultes, personnes âgées, adolescents, étudiants, patients souffrant de troubles mentaux et patients atteints de maladie rénale chronique. Ce questionnaire a pour objectif de réduire le temps de réponse des participants et d’être adapté au format numérique, tout en maintenant une bonne précision dans l’estimation des apports en aliments et en nutriments.
Le groupement de cohortes a décidé de développer un questionnaire de fréquence alimentaire en deux parties portant sur l’année écoulée. Une première partie s’intéresse à la fréquence de consommation de plusieurs groupes d’aliments (légumes, pâtes, poissons, produits laitiers…), avec des photos de portions pour estimer les quantités. Des groupes retenus sur la base des questionnaires alimentaires nationaux existants et de la deuxième étude nationale sur les apports alimentaires individuels des adultes français (INCA 2). Une deuxième partie porte sur des questions complémentaires sur le contexte alimentaire (la provenance, les modes de cuisson et de conservation des aliments, mais aussi la fréquence et les conditions de prise des repas) ou des nutriments spécifiques d'intérêt pour une population ou une étude particulière.
Une étude pilote, chez un échantillon de patients atteints de maladie rénale chronique, a démontré que le questionnaire de fréquence alimentaire est une méthode fiable d’évaluation alimentaire.
La version en ligne du questionnaire, a aussi fait l’objet d’une étude de validité (le questionnaire web mesure-t-il correctement l’alimentation ?) et de reproductibilité (donne-t-il les mêmes résultats un an plus tard ?).
Ces études ont démontré que le questionnaire en ligne de fréquence alimentaire est un outil fiable et valide. Il permet de classer correctement les individus selon leur niveau de consommation d’aliments, de nutriments et de groupes d’aliments. Il est stable dans le temps, ce qui est essentiel pour les études épidémiologiques qui suivent les participants pendant plusieurs années. Il peut désormais être utilisé par les cohortes à l’origine de sa conception et plus largement aussi dans des études cliniques.
>> En savoir plus : Conception d’un nouveau questionnaire alimentaire : décryptage de la méthode
En répondant à ce questionnaire alimentaire, vous participez à des recherches fiables qui améliorent les connaissances sur le lien alimentation-santé et participent à l’élaboration de recommandations de prévention en santé publique.
Merci à toutes les participantes et tous les participants pour le temps consacré au remplissage de ce questionnaire alimentaire.
En savoir plus :
“Alimentation et santé” in Vous, votre famille, votre santé (bulletin de liaison E3N-Générations), n°13 mars 2026, p10 - 15.
[1] Les cancers attribuables au mode de vie et à l’environnement en France métropolitaine. Centre international de Recherche sur le Cancer Lyon, 2018 .




