Inhibiteurs calciques et maladie de Parkinson : des résultats qui invitent à la prudence

médicaments inhibiteurs calciques

Photo par Iryna_B. Adobe Stock #631580468. Collection gratuite

 

Juillet 2026

La maladie de Parkinson se caractérise par la disparition progressive de neurones dopaminergiques, c'est-à-dire des cellules nerveuses qui produisent la dopamine, un messager chimique indispensable au contrôle des mouvements du corps. Les neurones dopaminergiques sont particulièrement sensibles au calcium qui intervient dans les mécanismes conduisant à leur disparition.

Le repositionnement de médicaments déjà disponibles sur le marché constitue une approche prometteuse pour identifier de nouvelles pistes thérapeutiques qui pourraient ralentir l'évolution de la maladie de Parkinson ou retarder son apparition. Parmi ces médicaments, les inhibiteurs calciques, des médicaments qui bloquent l'entrée du calcium dans les cellules musculaires des artères et du cœur, principalement utilisés pour traiter l'hypertension artérielle et certaines maladies cardiovasculaires (en particulier les pathologies ischémiques coronaires), semblent donc des candidats intéressants.

Méthode

Nous avons mené une étude au sein de la cohorte E3N-Générations auprès de 82 605 femmes de la première génération suivies entre 2004 et 2018. Au cours de ce suivi, 603 femmes ont eu un diagnostic de maladie de Parkinson. 

Un défi important de ce type d'étude est d'éviter le biais de « causalité inverse » : certains symptômes précoces de la maladie de Parkinson, présents plusieurs années avant le diagnostic, pourraient conduire les médecins à modifier certains traitements. Pour réduire ce risque, nous avons analysé les traitements pris au moins 5 ans avant le diagnostic et comparé l'évolution des prescriptions au fil du temps chez les femmes qui ont développé une maladie de Parkinson et chez les autres femmes de l’étude.

Résultats

Les résultats montrent que l'utilisation des inhibiteurs calciques n'était globalement pas associée à une diminution du risque de maladie de Parkinson. En revanche, certaines molécules spécifiques, notamment le diltiazem et, dans certaines analyses, l'amlodipine, étaient associées à une incidence un peu plus élevée de la maladie de Parkinson.

Ces observations sont cohérentes avec plusieurs cas de syndromes parkinsoniens provoqués par certains inhibiteurs calciques à visée vasculaire rapportés dans la littérature médicale, notamment l'amlodipine, le diltiazem ou le vérapamil. Des effets similaires ont également été décrits avec d'autres inhibiteurs calciques autrefois utilisés pour traiter les vertiges, comme la flunarizine ou la cinnarizine. 

Dans la plupart des cas, ces syndromes parkinsoniens induits par les médicaments s'améliorent après l'arrêt du traitement. Une hypothèse avancée par les chercheurs est que certains inhibiteurs calciques pourraient aggraver ou révéler plus précocement des symptômes moteurs chez les femmes présentant une perte débutante des neurones atteints par la maladie, conduisant ainsi à un diagnostic plus précoce de la maladie de Parkinson. 

Conclusion

Ces résultats ne plaident donc pas en faveur d'un effet protecteur des inhibiteurs calciques vis-à-vis de la maladie de Parkinson. Ils soulignent au contraire la nécessité de poursuivre les recherches afin de mieux comprendre les effets potentiels de certaines molécules de cette classe thérapeutique et d'en assurer une surveillance attentive.


En savoir plus :

Télécharger l’article scientifique publié dans la revue Movement Disorders (en anglais) :

Moutard E, Fournier A, Courtois É, Artaud F, Tubert-Bitter P, Roze E, Ahmed I, Thiébaut ACM, Elbaz A, Nguyen TTH. Revisiting the Association Between Calcium Channel Blockers and Parkinson's Disease in the E3N Cohort. Mov Disord. 2026 Apr 29. doi: 10.1002/mds.70336. Online ahead of print.